Un groupe de chercheurs et d'experts, appartenant au consortium Mediterranean Experts on Climate Change (MECC), a soulevé un certain nombre de questions critiques concernant les défis auxquels la région méditerranéenne a été confrontée ces dernières années, en soulignant les impacts croissants du changement climatique sur les pays de la région, y compris le Maroc.
Dans un rapport intitulé "The Interconnectedness of Climate Change and Ecosystems in the Mediterranean Basin", les experts soulignent que la région est confrontée à de graves défis mondiaux, notamment la pénurie d'eau, l'insécurité alimentaire, l'énergie et la dégradation des écosystèmes. Ces questions sont étroitement liées et nécessitent une approche holistique pour parvenir à un développement durable, selon le rapport.
Les implications du changement climatique sur les migrations et le développement rural : Le rapport souligne que la dépendance continue à l'égard de la baisse de la productivité agricole dans les zones rurales entraînera une augmentation des migrations vers les villes, ce qui accroîtra la dépendance à l'égard des importations de denrées alimentaires. Le rapport met également en garde contre les graves répercussions du changement climatique sur les moyens de subsistance des populations rurales, en particulier dans le bassin méditerranéen, menaçant la durabilité de l'agriculture en tant que principale source de revenus.
La situation au Maroc : Le rapport consacre une section aux défis auxquels le Maroc est confronté, notant que le changement climatique a entraîné des sécheresses graves et fréquentes, qui ont affecté la justice sociale en raison de la perte de bétail et de fourrage. Le rapport souligne que l'agriculture, qui a contribué à 38 % de l'emploi au Maroc en 2012, est confrontée à des défis permanents qui affectent la stabilité de la société rurale.
Le rapport montre également que l'industrialisation du secteur agricole dans le sud de la Méditerranée, y compris au Maroc, a été principalement orientée vers la production destinée à l'exportation, contribuant entre 15 et 20 % du PIB. Cependant, la nature du travail agricole a changé, les travailleurs ruraux étant marginalisés et sous-payés.
Impact sur la productivité et la main-d'œuvre : Les experts ont prévenu que la hausse des températures entraînera une augmentation du stress thermique, ce qui aura un impact négatif sur la productivité du travail. Par exemple, l'Europe méditerranéenne devrait connaître entre 50 et 60 jours supplémentaires de forte chaleur d'ici les années 2020, ce qui entraînera des pertes notables de productivité du travail.
Modes de consommation alimentaire et gaspillage des ressources : Le rapport examine l'impact de l'urbanisation et de l'industrialisation sur les modes de consommation alimentaire dans la région, les habitudes alimentaires évoluant vers un système riche en énergie et en protéines animales, ce qui entraîne des niveaux plus élevés de gaspillage alimentaire et une augmentation de l'empreinte alimentaire par habitant. Le Maroc, l'Albanie et la Jordanie font exception à cette règle.
La guerre en Ukraine et son impact sur la sécurité alimentaire : Le rapport note que la guerre en Ukraine a considérablement affecté la disponibilité des denrées alimentaires dans les pays dépendant des importations, l'Ukraine et la Russie représentant environ 20 % des importations totales de blé au Maroc, ce qui souligne la fragilité de la sécurité alimentaire dans la région.
L'impact du changement climatique sur l'énergie : Le rapport révèle que le secteur énergétique de la région a également été affecté par le changement climatique. Au Maroc, la production d'énergie a diminué de manière significative, la production en 2021 étant la moitié de ce qu'elle était en 2011 et un tiers de ce qu'elle était en 2010. Malgré ces défis, le rapport fait l'éloge des stratégies ambitieuses du Maroc pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, notant que le facteur de capacité de l'énergie éolienne au Maroc est de 45 pour cent, comparé à 20 pour cent en Italie et en France et à 25 pour cent en Espagne. Pour l'énergie solaire photovoltaïque, le facteur de capacité est de 35 %.
L'impact du changement climatique sur la biodiversité : Le rapport met en évidence l'impact du changement climatique sur les montagnes de l'Atlas au Maroc, où la hausse des températures perturbe les écosystèmes dont dépendent la faune et la flore uniques de la région.
Dans l'ensemble, le rapport souligne le besoin urgent d'adopter des stratégies globales et intégrées pour relever les multiples défis résultant du changement climatique dans la région méditerranéenne, en mettant l'accent sur l'équilibre entre le développement économique et la préservation des ressources environnementales.
